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Le blog de la revue Le Décolletage et industrie

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Vous êtes décolleteurs, ce blog vous concerne. Infos, nouveautés technologiques...


Entreprise de décolletage : "Le sous-traitant doit faire un effort de technologie"

Publié par Jérôme Meyrand sur 11 Février 2013, 14:26pm

Entretien avec Claude Cham, président de la Fédération des industries des équipements pour véhicules (Fiev).

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Claude Cham, président de la Fiev, constate que les constructeurs allemands dits

Premium continuent leur croissance sur le Vieux Continent.

 

Les constructeurs français souffrent d’une image de marque d’entrée de gamme et non Premium. Une faiblesse qui aura lourdement pesé sur le résultat des ventes en 2012. Claude Cham, président de la Fédération des industries des équipements pour véhicules (Fiev) aborde dans cet entretien les raisons d’une telle paralysie tricolore face à des Audi et Volkswagen qui gagnent encore en Europe des parts de marché. Et adresse un message en direction des sous-traitants de la filière automobile.

 

Quels sont vos commentaires concernant la chute des immatriculations en France et en Europe enregistrée en 2012 ?

En 2008 des incitations de type prime pour véhicule propre ont été mises en place dans onze pays de l’Europe pour soutenir le marché automobile. Aujourd’hui, nous en subissons le contrecoup avec un décalage. Le marché européen est en train de revenir à sa tendance naturelle. Si vous ajoutez à cela, la crise que nous vivons actuellement, je ne suis pas surpris par cette baisse. Il va falloir que tout ceci se régule et le marché devrait se renouveler, sauf événements nouveaux.

 

Comment les différents acteurs se comportent-ils ?

Les marques françaises perdent des parts de marché alors que des groupes comme Volkswagen et Hyundai en gagnent. Nous ne sommes plus en position de leader sur le haut de gamme et nous souffrons de cela car l’image de marque permet de faire passer dans le prix les technologies déployées dans les véhicules. Et pour avoir une image de marque, il faut des modèles Premium.

 

Il faut donc retravailler notre image de marque et faire revenir une clientèle qui nous a abandonnés, et je ne crois pas qu’on puisse le faire avec des voitures d’entrée de gamme. Mais le plus grand gagnant du marché 2012 reste Hyundai. Les marques coréennes sont parties à la conquête du monde et elles savent travailler dans la durée.

 

Il faut faire évoluer le produit de façon très lente. L’ère de la rupture est dépassée. Regardez la calandre d’une Mercedes de 1930 et celle d’un modèle actuel, vous vous apercevrez qu’il y a eu très peu d’évolution. L’automobile, ça se construit dans la durée.

 

Comment les équipementiers doivent-ils s’organiser pour faire face à ces baisses de production ?

Il y a un triptyque gagnant. Un, c’est l’abaissement du point mort. C’est-à-dire un gros travail sur les coûts. La rationalisation, le lean manufacturing, et cetera. C’est un travail à la fois sur les charges fixes et variables. Le deuxième point, c’est de ne pas avoir un portefeuille clients trop dépendant d’un ou deux clients et que ce taux de dépendance soit le plus faible possible.

 

Enfin, troisième point, c’est de prendre la mesure du marché de la mondialisation. Où se trouvent les relais de croissance aujourd’hui ? Dans les Bric. C’est dans ces pays qu’il faut aller porter le fer. Donc, les entreprises qui ont un taux de dépendance extrêmement fort au marché français et européen, sont des entreprises qui souffrent énormément. Ce qui est vrai pour les équipementiers, l’est encore plus pour leurs fournisseurs.

 

Pourquoi ?

Parce que l’équipementier vend une fonction au constructeur, donc un ensemble qui est à haute valeur technologique. Mais plus on descend dans la chaîne, plus l’on va vers une fourniture de pièce sans contenu technologique apparent et différenciant. Donc, c’est encore plus difficile et c’est pourquoi il est important que tous les maillons de la chaîne d’approvisionnement puissent appliquer ce triptyque gagnant. Plus vite ils le mettront en place, plus vite ils seront forts.

 

Globalement quelles actions ont été entreprises par les équipementiers pour maintenir leurs marges ?

Il y a eu des actions individuelles. Les entreprises se sont prises en main. Parmi les actions collectives, nous avons œuvré, au sein de la Fiev et de la PFA notamment, à la rationalisation des filières métiers comme le décolletage ou l’emboutissage, de manière à pouvoir réabsorber les capacités de production excédentaires. Mais nous devons retrouver l’offensive, c’est un problème fondamental. L’effort doit se porter sur l’attaque.

 

Quels efforts demandent les équipementiers à leurs sous-traitants ?

Ils demandent beaucoup d’efforts en termes de prix et de technologie. Plus le sous-traitant restera au simple niveau de la fourniture de pièce, plus il sera vulnérable, parce qu’on trouvera toujours quelque part quelqu’un qui va fournir la même pièce à un prix moins cher. Il faut savoir se rendre incontournable.

 

En conséquence, plus il y aura une coopération entre équipementier et fournisseur pour développer des systèmes dans lesquels nous allons mettre de la valeur ajoutée, plus le sous-traitant aura une capacité plus importante à revaloriser ses marges. Donc c’est un effort de technologie mais c’est aussi un effort de relation, de partenariat ou plutôt d’alliance.

 

L’Allemagne sait mieux le faire que nous. Ils savent "chasser en meute", ça ne se décrète pas, c’est une résultante d’un état d’esprit qui s’est créé au fil des années. Je prône cette évolution-là en France. Il est vrai que nous souffrons de notre côté individualiste que n’ont pas, en général, nos collègues allemands.

 

Comment avez-vous accueilli le Crédit impôt compétitivité emploi (CICE) lancé fin 2012 par le gouvernement ?

C’est un train de mesures qui va dans la bonne direction, mais nous devons aller plus loin. Nous avons financé par le travail notre niveau de protection sociale, la retraite, le chômage, et cetera. Ces systèmes ont été inventés à une époque où l’industrie française était en pleine phase d’expansion, où nous étions dans une économie fermée. Aujourd’hui le monde est différent. Darwin a dit : “Les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s’adaptent le mieux aux changements.” Je propose qu’on trouve un juste équilibre entre le financement par le capital et le travail. Le financement de notre protection sociale devrait être mieux réparti, en tenant compte de ce que l’on appelle la valeur ajoutée. Et cela redonnerait des marges. Je crois que notre système est allé au bout de ses capacités et qu’il va falloir en trouver un autre. On ne peut pas tout penser à travers un État providence. La France ne pourra pas faire l’économie d’un débat et d’une réforme sur cette question.

 

La relation qu’ont les consommateurs envers l’automobile n’est-elle pas en train de changer ?

Ce qui est en train de se passer dans le secteur automobile n’est pas une affaire conjoncturelle mais bien structurelle. On va vers un nouveau monde de l’automobile, donc nous devrons structurellement nous adapter. Parce que la structure de dépenses des ménages est en train de changer.

 

La quantité d’argent disponible pour le transport va de plus en plus servir de variable d’ajustement. Avec les nouveaux moyens de communication, on ira davantage vers l’autopartage que la possession d’un véhicule, essentiellement dans les zones urbaines. On va voir apparaître de nouveaux acteurs dans le business model des fournisseurs de mobilité. Et puis, il faut bien reconnaître que l’attrait de l’automobile pour les nouvelles générations n’est plus de même nature aujourd’hui.

 

Quelles sont vos perspectives pour 2013 ?

Il y a, au plan général de l’économie européenne, quelques signes encourageants, mais je suis prudent. Je ne pense pas que la reprise, s’il y en a une, se fera sur le premier semestre mais plutôt sur la seconde partie de l’année. On va avoir du mal à sortir de ce cycle. 2013 sera une année complexe, instable, voire pour certains secteurs, risquée. Ce n’est pas le moment de relâcher la vigilance.

 

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