Mardi 27 octobre 2009 2 27 /10 /Oct /2009 07:45


Jean-Marie Gomila, le président de la Confédération générale des petites et moyennes entreprises
annonce la venue de Laurent Wauquiez dans la vallée de l’Arve. La CGPME de Haute-Savoie avait été citée à titre d’exemple par le secrétaire d'Etat chargé de l'Emploi, pour son dispositif “former plutôt que licencier”.


Quel est le moral des sous-traitants industriels depuis ces derniers mois ?

Les chefs d’entreprise ont passé le cap difficile de la crise, mais on constate que l’activité n’est plus vraiment la même. Les commandes arrivent au compte-gouttes. La grande inquiétude, c’est leur niveau de trésorerie. L’année 2009 a été difficile et les trésoreries sont basses. Même si des commandes reviennent, il faudra tenir.


La loi sur les délais de paiement a-t-elle apporté un peu d’oxygène aux sous-traitants ?

Elle ne joue pas l’effet attendu à cause de certaines dérogations, notamment dans les secteurs du bâtiment, du commerce et même de l’industrie. Certains grands donneurs d’ordre continuent de déraper jusqu’à 120­jours, quand d’autres n’envisagent pas de délocaliser, en Suisse par exemple, leur centre décisionnel pour contourner la LME (loi de modernisation de l’économie, Ndlr).


Selon vous, la crise a-t-elle entraîné beaucoup de fermetures d’entreprises ?

Selon nos chiffres, il y aurait eu 240 dossiers sur l’année 2008. Au premier septembre on serait déjà à 320 fermetures depuis le début de l’année. Les annonces légales pullulent dans les journaux.


Votre analyse sur la gestion de cette crise…

J’ai été agréablement surpris par la réactivité des élus, des services de l’État, du préfet, du trésorier-payeur général. Nous qui pensions être dans deux mondes différents entre le privé et le public… La direction du travail, par exemple, a été jusqu’à se mettre sur la limite de la ligne rouge pour augmenter l’indemnisation du chômage partiel. Pour ce qui est de nos adhérents, patrons de PME et TPE, ce que je retiendrais, c’est leur capacité extraordinaire à vouloir survivre.
Ils ont quand même frôlé les -­70 % et sans déposer le bilan tout en étant extrêmement réactifs et sensibles à l’aspect social. Ils ont réussi à tenir tout en limitant la casse sociale. Je trouve cela d’une certaine manière, très héroïque de leur part.


Le report de paiement de la taxe professionnelle 2008 avec un remboursement en 2010 échelonné sur l’année, mais également le report du paiement des charges Urssaf et Assedic ont-ils été profitables aux entreprises cette année 2009 ?

Oui. Sauf qu’aujourd’hui on se demande si l’État pourra continuer à accumuler des couches de dettes, avec la question du soutien abusif qui peut vite devenir une épée de Damoclès. Mais il y a un autre problème que j’aimerais soulever. Lors du rachat d’une entreprise par un groupe, celui-ci peut demander d’étaler sur plusieurs mois les dettes envers ses fournisseurs locaux.
Ce n’est pas normal et il faudrait que les relations entre les groupes industriels et leurs sous-traitants de la vallée de l’Arve puissent se tisser dans une meilleure éthique de ce point de vue-là.


"Laurent Wauquiez souhaitait citer notre action dans le département à titre d’exemple­"


Laurent Wauquiez, secrétaire d’État chargé de l’Emploi, a souligné l’exemplarité du dispositif “former plutôt que licencier” mis en place dans la vallée de l’Arve en janvier. Il a indiqué qu’il avait servi de modèle dans le cadre du Fiso (Fonds d’investissement social, destiné à la formation et la reconversion professionnelles) au niveau national. Comment est né ce dispositif ?

Il est né d’une réunion organisée en octobre 2008 avec un certain nombre de décolleteurs adhérents à la CGPME et la direction départementale du travail. Celle-ci avait déjà conscience des effets de la crise sur nos entreprises et les salariés. Il faut également rappeler que juste avant cette chute brutale de leur activité, les industriels de la vallée de l’Arve étaient davantage préoccupés par le manque de main-d’œuvre qualifiée. Alors que maintenant, ils se retrouvent à devoir supprimer une partie de leurs effectifs.
Lors de notre discussion, nous nous sommes dit que la baisse des commandes allait entraîner du chômage partiel. Mais plutôt que de les renvoyer chez eux au chômage, pourquoi ne pas les former pendant ce temps. Nous avons ensuite soumis cette idée au préfet et notre dispositif était lancé dans la foulée. Les parlementaires Martial Saddier et Lionel Tardy nous ont très vite soutenus dans cette démarche et Bernard Accoyer (député haut-savoyard et président de l’Assemblée nationale) a fait un travail dans l’ombre remarquable, notamment auprès de Laurent Wauquiez.
Nous demandions une enveloppe de 20 à 30 millions d’euros pour notre dispositif alors que le budget de l’État pour la formation en France était de 16 millions d’euros. Dans un premier temps, nous avons obtenu le fameux “un million d’euros” annoncé par Laurent Wauquiez. Mais l’État nous donnait son feu vert pour continuer, même si nous allions au-delà de cette somme. Car Laurent Wauquiez souhaitait citer notre action dans le département à titre d’exemple.


Et c’est ce qui est arrivé ?

Aujourd’hui nous en sommes à 10 millions d’euros pour 80 entreprises ayant choisi de “former plutôt que licencier” avec 2 000 salariés concernés.


80 entreprises, c’est peu. Non ?

C’est insuffisant car des patrons n’y ont pas cru. Un plan de formation pouvant être financé jusqu’à 93 %, avec une moyenne de 78 %, sans de trésorerie à sortir puisque l’État donnait de l’argent en amont et que les Opca (organismes chargés de collecter, mutualiser et redistribuer les obligations financières des entreprises en matière de formation professionnelle, Ndlr) payaient directement les centres de formation et prenaient en charge les coûts pédagogiques et les rémunérations des employés.


"Les patrons n’y croyaient pas"


On garde les salariés, on améliore leurs compétences et on les rappelle dès que la production revient. Les patrons n’y croyaient pas. C’était trop gros. Ils se disaient, mais il y a un piège là-dessous. Bref, notre dispositif s’est heurté à l’incrédulité de certains chefs d’entreprise. Des adhérents de la CGPME ont été les premiers à tester le dispositif. S’ils ont essuyé les plâtres, on peut dire qu’il est bien rodé désormais. On peut remercier Christine Deble, ingénieur à la direction départementale du travail qui a mouliné tous les dossiers.


Laurent Wauquiez se rendra-t-il dans la vallée de l’Arve ?

Oui, le 27 novembre. Le secrétaire d’État à l’Emploi visitera une entreprise qui a mis en place notre dispositif. Le président national de la CGPME, Jean-François Roubaud, sera là également, tout comme Bernard Accoyer et les autres parlementaires du département. Nous baptiserons cette journée : “Trophées des entreprises. Etat-entreprises, la nouvelle donne”.
À l’Agora de Bonneville, plusieurs tables rondes seront organisées afin de faire le point sur les outils d’accompagnement existant et à venir. Le 27 novembre, une date quasi symbolique, puisque c’est le 22 novembre 2008 que nous avions mobilisé, à l’Agora de Bonneville, de nombreux chefs d’entreprise inquiets devant la brutalité de la crise.


"Les mesures seraient reconduites
au moins jusqu’en juin"

Les mesures d’accompagnement des entreprises en difficultés seront-elles reconduites en 2010 ?

D’après nos échos, elles pourraient être reconduites au moins jusqu’en juin.


Les reports de paiements de cotisations sociales et fiscales en 2010 ne vont-ils pas faire de mal aux PME en s’ajoutant à celles de l’année prochaine ?

On ne peut pas faire cette multiplication simple, c’est trop caricatural. Car des entreprises avaient déjà étalé leurs dettes sociales et fiscales sur l’année 2009, d’autres ayant des effectifs plus bas paieront donc moins de charges. Une chose est sûre, ces reports ont permis d’amortir l’effet coup de poing de la crise sur les PME.


Le député d’Annecy, Lionel Tardy, a été votre prédécesseur à la tête de la CGPME…

Il est aussi chef d’entreprise et il fait un boulot de député avec beaucoup d’énergie et d’actions concrètes. Il garde l’esprit d’un entrepreneur et mouille beaucoup sa chemise.

Par Jérôme Meyrand
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